
Mamdani, le basculement américain ?
Mamdani rencontre Trump. Aux joutes verbales enflammées succède une courtoisie. Mais on n’est pas dupes, derrière l’amabilité de façade il y a un immense contentieux. Cette courtoisie ne peut nullement dissimuler le ressac, ni les vagues et leur déferlement inverse.
Ces vagues, ne sont-elles pas celles qui ont hissé cet illustre inconnu à remporter la mairie de New York, la ville la plus puissante du monde, et jusqu’à être reçu à la Maison-Blanche avec tous les honneurs ? Alors qu’il s’agit non seulement d’un illustre inconnu, mais, le comble, ne s’agit-il pas d’un musulman, socialiste qui crie haut et fort son soutien à la cause palestinienne ! Tout ce qu’une certaine Amérique abhorre et voue aux gémonies.
Cependant, si Mamdani est là, c’est certainement grâce à son intelligence et à son intégrité morale, mais ne doit-il pas une fière chandelle à Gaza ? Revenons à nos vagues, c’est de leur clapotement que jaillit une lumière qui nous éclaire autrement.
Rappelons que la société américaine n’a jamais été un bloc monolithique. Comme toutes les sociétés humaines, n’est-elle pas traversée par zizanie et discorde ? Mais au-delà de ses prises de bec, il y a une sorte d’union sacrée autour d’Israël. Quelle hérésie que de critiquer cet État, jugé un miracle divin qui l’a fait émerger des entrailles d’un livre sacré. Les Israéliens ne sont-ils pas les pionniers qui marchent dans les pas des pères fondateurs qui ont édifié le merveilleux temple sacré que l’on appelle « l’Amérique » et qu’Israël irrigue de sa Baraka !
L’insoutenable tragédie gazaouie a chamboulé toutes ces absurdités, qui confondent histoire et chimères fantasmagoriques. Il en résulte une fracture entre une Amérique identitaire, qui campe sur ses positions égotistes. Et une Amérique de la jeunesse, des intellectuels qui restructurent une nouvelle conscience, qui ne voit en Israël qu’une entité coloniale et messianique, à l’opposé d’un libéralisme, raison d’être du rêve américain.

Tout cela se mue en manifestations d’une jeunesse, qui exprime son indignation face à l’horreur. L’opinion américaine comme la classe politique sont bousculées. Le parti démocrate est parcouru par un frisson dictant de rompre avec une approche qui « vend notre âme au diable » ? Même les républicains ne sont pas en reste. Selon un sondage du New York Times, les Américains soutiennent davantage la cause palestinienne que celle d’Israël. C’est à tomber à la renverse !
Comment expliquer que Justice et droit ridiculisent les envolées bibliquo-spéculatives ?

Le passé colonial nord-américain. La culpabilité à l’égard des autochtones en est-il pour quelque chose, comme c’est suggéré ? D’autres enquêtes désignent contre toute attente Edward Said le Palestinien et Frantz Fanon le Martiniquais ! Ne sont-ils pas les plus lus, les plus plébiscités ? Ces deux grandes consciences, n’ont-ils pas fait de la remise en question des structures impérialistes et coloniales le centre de leurs réflexions libératrices ?
Dans ce sillage, Yakov Rabkin, spécialiste du sionisme et du judaïsme, explique que les jeunes soutenant la cause palestinienne ne font que réagir de manière rationnelle face à une politique irrationnelle. Cette jeunesse ne peut tolérer que son intelligence soit insultée par une propagande messianique qui instrumentalise honteusement la religion pour qu’elle serve une idéologie perverse de domination expansionniste.

Le professeur dénonce un langage manichéen : le Bien contre le Mal. Il laisse entendre que l’amalgame entre antisémitisme et antisionisme, encouragé par les instances dirigeantes, ne fonctionne plus. Il rappelle que « les antisémites détestent les juifs du fait de leur religion ou de leur « race », les antisionistes s’opposent à un dessein politique. Ceci n’a rien à voir avec la haine du juif. » La jeunesse a parfaitement saisi le sens des mots. Sous les feux de Gaza, toute confusion est une atteinte à la dignité des juifs et des Palestiniens.
Voilà ce qui fournit à cette jeunesse les arguments imparables pour légitimer sa révolte. Elle adopte l’attitude de l’enfant de Shakespeare, elle regarde Israël en criant : « Le roi est nu. La doxa biblique qui considère que la Palestine est la terre promise par Dieu à son peuple élu soulève des interrogations. Depuis quand la Bible constitue-t-elle un titre de propriété ? Depuis quand la Bible constitue-t-elle un document concret fondant une histoire concrète ?
Toute une bondieuserie bigote est pulvérisée par Gaza. Mais c’est naïf que d’attribuer à Gaza une baguette magique ! Non, Gaza a coïncidé avec une évolution, avec une maturité de l’opinion américaine soumise au dur apprentissage d’une réalité dynamique, qui enseigne que le peuple américain ne doit plus cautionner, ni financer une politique régressive d’expropriation rampante.
Et de fil en aiguille, d’autres vérités surgissent. Un autre peuple fait irruption, sortant des ténèbres où il fut cantonné. Un peuple qui interpelle, qui interroge. Et voilà qu’un nouveau discours émerge, on parle de la Nakba, celle-là même qui jette un regard cru sur le 7 octobre non pas pour le justifier, mais pour l’éclairer autrement. Tout cela impose une perception objective de cette immense tragédie.
Dans ce chamboulement de l’opinion, les jeunes, les intellectuels sont à l’avant-garde. Mais il faut rendre un hommage particulier aux juifs antisionistes. Ceux-ci ont fait de ce combat leur propre combat. Fraternisant dans le malheur avec les Palestiniens dont la souffrance a ravivé la leur propre. Ils réalisent qu’Israël n’est pas là pour les protéger ni protéger leurs coreligionnaires comme il le prétend, non, il est là pour les entacher, en piétinant de fond en comble le passé juif, le présent palestinien et l’avenir des juifs !








