Boualem, Daoud, Sifaoui, Tahar Ben Jelloun et les autres

Les travestis sont parmi nous

Fallait-il que Gaza fasse irruption dans notre vie, nous bouscule pour que l’on sorte de nos léthargies, que l’on ouvre nos grands yeux en s’écriant : « Les travestis sont parmi nous, ils émanent de nous, Maghrébins comme nous ». Avec stupéfaction, nous découvrons que nos écrivains tombent le masque, se révèlent écrivaillons de bas étage.

Face à Gaza, jetée lâchement en pâture aux chiens. Nos écrivaillons se précipitent pour serrer la main du bourreau. Tout en exhibant un sourire hypocrite. Ils versent de l’huile sur ce Gaza devenu brasier, là où des enfants, des femmes et des hommes sont grillés vifs. L’un de ces écrivaillons, emporté par son exaltation, crie haut et fort : « Je suis sioniste. »

L’écrivaillon franco-maghrébinfait étalage de la lie haineuse de sa cervelle polluée

Et c’est cela, l’écrivaillon franco-maghrébin, fière de rejoindre le troupeau, fière de se rallier à une extrême droite identitaire. Dévoré par une servilité dévouée, toujours à l’affut de la moindre opportunité garantissant la moindre portion de notoriété. Il va jusqu’à se convertir à une autre religion. Il rampe en pleurnichant devant un mur de lamentation. Non content de cracher sans vergogne sur ces enfants déchiquetés, ces femmes éventrées sous les bombes. Il crache en même temps sur les nobles traits de sa mère. Tout cela pour plaire à ses maitres qui ne le gratifient que d’un petit espace où il fait étalage de la lie haineuse de sa cervelle polluée.

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Albert Camus

Une telle obséquiosité, de quoi dénote-t-elle ? Tout un tas de facteurs se combinent, la dévalorisation de soi et la félonie ne s’acoquinent jamais avec la créativité ! La servilité ne rime pas avec talent, d’où la fadaise d’un style devenu insipide qu’il nous révulse.

Tous ces éléments sont diamétralement opposés à la grandeur d’âme du véritable écrivain. Celui-ci est incontestablement le reflet de la noblesse de l’esprit, l’attachement viscéral à un idéal de justice. Bref, c’est un contrat moral, une parole donnée à l’humanité de l’homme. Tout cela rejaillit sur une écriture qui s’illumine de la fierté de l’homme et de la dignité de la femme. Qui douterait un seul instant que le spécifique, le véridique, l’authentique sont les fils d’un mystère qui marque et qui donne le chef-d’œuvre !

« La pensée de l’homme est avant tout sa nostalgie »

Un écrivain non amarré dans son identité est-il réellement écrivain ? Qu’est-ce qui donnerait ses lettres de noblesse à Camus si ce n’était ce déchirement entre deux mères patries ? Comment vivre avec l’une sans l’autre alors que les deux lui sont consubstantielles, les deux lui fournissent lumière, mémoire et racines. N’a-t-il pas dit que « la pensée de l’homme est avant tout sa nostalgie » ? Son Meurseau ne doit-il pas sa sincérité, sa transparence lumineuse, à ses racines françaises et algériennes ? Qu’est-ce que la nostalgie, si ce n’est les effluves d’une enfance si multiple, qu’elle enflamme sens et mémoire ?

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Gabriel Marquez

Que resterait-il d’un Gabriel Marquez, s’il n’avait pas plongé dans les profondeurs de l’océan de sa mère ? Interrogeant rêves, mythes, légendes et traditions. Une aventure folle nous projetant du local à l’universel où seule l’humanité de l’homme s’intronise reine.

Nous sommes immensément redevables à l’écrivain, ce guerrier de la lumière selon Coelho. Non seulement il a élargi notre champ de perception, nous a appris à aimer autrement. Mais surtout, intervenant pour tracer un autre destin, nous libérant d’un carcan qui nous fige dans un ronronnement désuet. Il nous permet d’enjamber nos petites passions, d’abhorrer une soi-disant vérité qui fait les yeux doux à l’infâme, qui dépossède les autres de leurs droits, qui ne satisfait que notre petit égoïsme.

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Paulo Coelho

Nous sommes redevables à cet écrivain qui nous a appris à aimer passionnément la justice et à détester passionnément tout ce qui déshonore l’humanité de l’homme.

L’écrivaillon , l’éternel petit colonisé

Nos écrivaillons sont certes maghrébins, mais contrairement aux Maghrébins qui s’installent en France. Ces derniers sont habités par un élan de dignité, une passion de s’intégrer, doublée d’une autre passion pour l’acquisition de la science, comme le prône notre religion, passion qu’ils transmettent à leurs enfants. Voilà pourquoi le balayeur d’hier est le professeur d’aujourd’hui. L’écrivaillon, contrairement à cela, apporte avec lui ses structures de dévalorisation de soi, l’éternel petit colonisé qui a intériorisé l’attitude raciste du maitre en la radicalisant à l’extrême. Il prête à son compatriote d’origine, qui fait montre de fidélité à sa culture, des intentions de malveillance. Il l’essentialise, le caricature. Voilà pourquoi sa misérable littérature est célébrée par la fachosphère puisqu’elle la réconforte dans sa supériorité de pacotille.

Un écrivaillon maghrébin qui troque sa mémoire plurielle, arabo-berbère islamo-judéo-chrétienne contre une seule mémoire identitaire uniformisante. Celui-ci ne suscite qu’indifférence de la part de cette France de lumière qui a horreur de ceux qui se mettent au service de ses structures les plus archaïques. Ces mêmes structures qui veulent la vider de sa substance, de ses couleurs, de ses potentialités multiculturelles hautement génératrices.

L’écrivaillon est dénudé, rejeté

Dans ce sens, l’écrivaillon est arabophobe, islamophobe, mais contrairement à ce qu’il pense, il est incontestablement francophobe. Aujourd’hui, nous assistons à un sursaut salutaire, grâce à Gaza qui chamboule les certitudes et les hiérarchies. L’écrivaillon est dénudé, rejeté. Il est seul avec son petit travestissement. Il finit par avoir le choix : se cailler les meules dans cet exil glaçant, sinon émigrer vers sa terre saintissime où on l’attend avec une colonie à gérer et une kalachnikov « pour se défendre ».

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