J’accuse Israël !

J’accuse Israël de s’être établi en Palestine pour éteindre nos lampadaires. Pour nous ramener, nous musulmans, à nos siècles obscurs : ceux de la décadente bigoterie. Alors que nous déployons des trésors de sacrifice pour surmonter nos intolérances, nos exaltations tyranniques, nos miasmes asphyxiants et surtout cet islamisme émanant d’un analphabétisme religieux qui nous colle à la peau comme une damnation.

Nous naissons de nos cendres

Qui nierait aujourd’hui que, malgré tant de bâtons dans les roues, le mot démocratie s’est imposé pour devenir notre alpha et oméga, mettant un terme à ces vagabondages, à ces errements à n’en pas finir ?

Qui nierait que notre monde arabo-islamique renoue avec sa tradition de quête du savoir ? Tout un univers d’autocratie, tout un imaginaire de dégénérescence plient bagage. Certes les difficultés s’exacerbent, les obstacles se redressent, les ténèbres s’activent. Nos blessures sont béates, nos chocs sont traumatisants, mais nous naissons de nos cendres. Notre révolte contre tout ce qui porte atteinte à notre dignité, à notre élan d’affranchissement, à notre passion pour la justice est irréductible. Les grandes nations ne fleurissent-elles pas sur le tas de ruines de leurs épreuves ? D’ailleurs, ces épreuves ne sont-elles pas la pierre sur laquelle s’aiguisent les volontés les plus ramollies ?

Qui nierait un seul instant que nos peuples sont en plein processus inventif ? Scrutant un autre lendemain en dehors de ce Mektoub de résignation, en dehors de cette voie droite tracée d’avance qui conduit irrévocablement à la même putréfaction de l’esprit ?

Que dire de ces enfants qui sont aussi bien musulmans que juifs que chrétiens ?

Qui contredirait un René Char quand il souligne qu’à « la poursuite de la vie qui ne peut être encore imaginée, il y a des volontés qui frémissent, des enfants sains et saufs qui découvrent. »

Ces volontés frémissantes sont là. Mais que dire de ces enfants qui sont aussi bien musulmans que juifs que chrétiens ? Que découvrent-ils, si ce n’est ce monde qui les prend en tenailles, entre les structures archaïques de leurs propres sociétés et les structures perverses d’un capital débridé, qui veut les écraser sous la férule d’un narcissisme assujettissant ?

Mais l’imprévu finit par advenir. Nos structures patriarcales vacillent, tant et si bien, qu’elles se jettent entre les bras d’Israël. Mais l’accusation infamante de haute trahison les fait trembler. Elles sont donc en perte de vitesse. Elles mènent un combat d’arrière-garde. Elles voient que la démocratie frappe à nos portes à coups redoublés. Mais, qu’ont-elles à lui opposer sinon une rhétorique bravade et une vantardise désuète ?

Le véritable cauchemar pour Israël

Une telle aspiration à la démocratie n’est-elle pas un véritable cauchemar pour Israël ? Une telle émancipation, qui risquerait de révéler que la seule démocratie dans le Moyen-Orient n’est en fait que le seul apartheid drapé dans l’un des fanatismes les plus cruels. Le seul État qui considère que les non-juifs ne sont que des goyim dont l’écrasement est la condition sine qua non pour édifier la cité vertueuse qui a pour ennemis jurés les deux F : la Fraternité et les Frontières.

Qui aurait imaginé que tout cela serait renversé sens dessus dessous ? Les promoteurs de l’action du 7 octobre n’ont nullement prévu de telles retombées. Pourtant, ne l’ont-ils pas baptisée « le déluge d’al-Aqssa »? Qui nierait que le déluge est là ? Sa boue submerge Gaza avec ses horreurs, ses cadavres déchiquetés par les chiens errants.

Sommes-nous devant une justice transcendante ou immanente ? Israël ne s’est-il pas injecté le mal qu’il s’est évertué à infliger à ses pauvres ennemis ? Regardons les choses de plus près : Israël qui s’admirait dans son miroir n’a-t-il pas l’apanage de la suprématie ? N’est-il pas l’étalon de vertu et le symbole d’une modernité étincelante ? N’a-t-il pas imposé une telle évidence devenue doxa glorifiée et célébrée unanimement !

Le miroir glorifiant sa suprématie  s’est brisé en mille morceaux

Et voilà, après le « déluge », le miroir glorifiant une telle suprématie n’est-il pas brisé en mille morceaux ? Ainsi, l‘État parangon de vertu apparait pataugeant jusqu’à s’étrangler dans le sang de ses innocentes victimes. Une vulgarité grossière mal informée éclate en plein jour. Celle qui veut d’un coup de sabre éliminer tout un peuple de la surface de la terre. Nous voilà en face d’un État qui se drape des oripeaux d’une modernité ensorcelante bien qu’il n’ait jamais quitté sa tribu d’un autre âge !

L’orage qui secoue le sionisme messianique en le dépouillant de ses caftans de parade

Les historiens s’arrêteront longtemps sur cette étape charnière de l’histoire moyen-orientale. Comment se fait-il que les valeurs se soient inversées ? Comment se fait-il que la bigoterie ait changé de camp ? Comment se fait-il que la victime de l’horreur nazie se soit transformée en bourreau ? Tout en instrumentalisant scandaleusement sa religion pour la convertir en une brochure politique, en un cadastre et une recette de cuisine, si ce n’est un tabernacle de haine vengeresse ? Comment l’archaïsme arabo-musulman se mue en quête d’un autre possible, alors qu’Israël verse dans une mégalomanie digne d’un Caligula nommant ministre l’un de ses chevaux les plus fanatiques !

En effet, ledit déluge a changé la donne. L’immense admiration, l’immense sympathie envers l’État juif se muent en exécration indignée, et en un sentiment d’avoir été manipulé et même leurré.

Seuls les boursicoteurs et les fourbes résistent face à un tel orage qui secoue le sionisme messianique en le dépouillant de ses caftans de parade, qui ont longtemps ébahi les gogos et suscité les applaudissements serviles.

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